le couteau london
Histoire du Couteau London. © COMPTOIRDUCOUTEAU.FR

Le London : Le Couteau des Marins

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Son origine est anglaise, mais c’est en France qu’il fut nommé London ! (prononcez London à la française), ce couteau rendait de fiers services aux marins bretons pour le travail quotidien, les repas ou durant les quarts en bas (quarts de repos).

 

L’histoire du couteau London, le plus anglais des couteaux français…

Le London est sobre et élégant mais surtout fonctionnel et efficace, c’est comme cela qu’il a gagné sa place sur les bateaux du 18e siècle où l’ambiance est rude, parfois agressive ou violente dans cet espace clos, propice aux bagarres, il se doit sécuritaire en cas de gros temps. La forme de sa lame rabattue lui vient sûrement du fait que chaque marin ne pouvait monter sur le navire, sans que la pointe de sa lame soit préalablement cassée, pour la rendre moins dangereuse. Depuis, ce couteau à tranchant droit, véritable objet design, est littéralement dessiné pour sa fonction, ce qui lui confère une certaine élégance.

Il parait évident que ce couteau traditionnel des marins anglais (sailor’s rope knife, sway back jack…) ait infiltré la France en empruntant les ports des côtes de l’ouest. C’est à ce moment de son histoire qu’il fut re-baptisé London (à prononcer sans accent anglais, à la française en appuyant les sons “on”), il est vrai qu’à cette époque, tout ce qui arrivait d’Angleterre venait forcément de Londres !

Mais l’origine historique de son nom français ne se retrouve pas dans les mémoires et plusieurs hypothèses pourraient être envisagées. Il existe dans les rapports de marine nombres de récits de batailles navales entre bateaux français et anglais, comme celle du vaisseau français le Scipion en octobre 1782, sous les ordres du capitaine de vaisseau Nicolas Henri de Grimouard, contre deux vaisseaux de ligne anglais le HMS London et le Torbay, respectivement de 90 et 74 canons.

Combat navires Scipion et London 1782
Combat du Scipion contre le London, attribuée à Rossel de Crecy, exposé au musée naval de Toulon.

Par les manœuvres habiles de son capitaine, le Scipion parvient à se positionner favorablement et à infliger d’importants dégâts au HMS London avant de prendre la fuite. Mais les Britanniques ne le laissent pas s’échapper. Le lendemain, alors qu’il est toujours poursuivi, le Scipion est victime d’une fortune de mer : il heurte une roche non répertoriée sur les cartes marines en baie de Samaná. L’équipage échappe à la noyade, mais il est capturé. Le combat a fait 15 morts et 46 blessés sur le Scipion ; 11 morts et 72 blessés sur le Namur. Les bateaux se retrouvèrent amarrés a quai et les prisonniers réquisitionnés pour réparer les dommages des navires anglais.

Une autre bataille, celle du Marengo en 1806, que reporte Jean-Louis Clavier dans la Outre-Mers. Revue d’histoire – 1972, d’après les récits de Jean Ducasse dans La dernière croisière du Marengo et de la Belle-Poule de la division Linois (Océan Indien & Atlantique, 1805-1806). – “…Le lendemain de la bataille, (15 mars 1806) tous les navires mirent en panne. Le London, Le Marengo, la Belle-Poule et l’Amazone. Tous les français prisonniers furent répartis sur les divers bâtiments de la division pour les réparer…”.

On peut aisément imaginer que les marins français, aient vu ou même touché pour la première fois le fameux couteau anglais qui prendra plus tard le nom de London, comme pour marquer la mémoire de ces (né)fastes journées ! D’autres récits viendront qui sait un jour corroborer cette théorie, mais cela est une autre histoire…

Bataille du 13 mars 1806 entre le London et le Marengo
Bataille du 13 mars 1806 entre le London et le Marengo

Le couteau London et sa lame à la fameuse forme “stylet large à mentonnet”…

Les Londons inspirés des couteaux marins britanniques sont équipés d’une lame forte dite “en pied de mouton” qui s’élargie vers la pointe. Celle-ci est rabattue vers l’avant, donnant ainsi un tranchant droit, pour porter entièrement sur l’objet qu’elle doit couper : un bout (cordage) sur le bord d’un bastingage, un morceau de bois lors d’éventuelles réparations, grâce au contre-tranchant carré sur lequel on peut taper… Elle permet aussi de décoller (couper) la tête d’un poisson et de l’évider d’un simple tour de main. Une version comporte également un long poinçon ou plutôt un épissoir, servant à écarter les torons d’un cordage.

Lame pied de mouton du London
LAME PIED DE MOUTON : La lame s’élargie de plus en plus vers la pointe.
La pointe est dans le prolongement du tranchant rectiligne.

 

ancre marine london armorLe manche a pu être gravé de divers ornements, bateaux, initiales ou plus sobrement d’un calendrier des jours passés en mer… mais le symbole le plus souvent utilisé et incontestablement celui de l’ancre marine, parfois gravée ou découpée dans une feuille de laiton, directement incrustée dans le manche du couteau.

Le London un outil pour scrimshaw ?

Maniant leur London comme personne, les marins s’en servaient avec une extrême dextérité pour sculpter, graver, dessiner ; Ceux qui naviguaient sur des baleiniers s’adonnaient souvent à l’art minutieux du scrimshaw, pratiqué par les Amérindiens en tant qu’art amérindien et enseigné aux marins du monde entier, le scrimshaw est devenu populaire en Nouvelle Angleterre. Les baleiniers de la Nouvelle-Angleterre ont popularisé l’artisanat du scrimshaw du 17e au 19e siècle. L’os de baleine, qui servait à la construction d’aiguilles, de harpons, de bobines de pêche, d’outils et d’ustensiles, était décoré de scrimshaw. Beaucoup d’objets dans les musées de marine témoignent de cet art populaire, certaines gravures ou sculptures sont de véritables œuvres d’art.

scrimshaw
Scrimshaw : Défense de morse sculptée.

Avoir un London nous relie à ces épopées maritimes révolues, une époque ou les bateaux, les hommes, la valeur du temps étaient différents…

couteau london armor ancre marine laiton
Comptoir Du Couteau vous propose l’Armor, le London fabriqué par Le Sabot dans la plus pure tradition…

Quel était le couteau anglais ayant inspiré le London ?

Camille Pagé, dans son encyclopédie de la fin du XIXe siècle, nous parle du Jack Knife comme du premier couteau pliant de marin. Il nous apprend aussi que durant 3 siècles, la coutellerie de Londres était fort florissante. En ces temps, L’Angleterre, peuple de marins et plus grand empire du monde (avec environ 28 millions de km2), de quoi disperser de par le monde, grand nombre de couteaux de Londres. Et les ports de la Rochelle, de Brest ou de Normandie, devaient être submergés par l’afflux de marins anglais ayant en poche leur London.

camille pagé jack knife
Extrait de La coutellerie depuis l’origine jusqu’à nos jours – Tome VI – Cinquième Partie. Camille Pagé

Ces Londons furent très appréciés et la demande croissante, c’est tout naturellement que les couteliers de la bonne ville de Thiers, se mirent à en réaliser. De l’autre côté de la manche, la ville de Sheffield commença à importer de l’acier suédois ; Londres, qui employait de l’acier allemand, périclita. S’en était fini pour le London de Londres qui continuait sa carrière en tant que Jack Knife à Sheffield et la ville de Thiers continua à le fabriquer ce qui permis au couteau London de continuer à exister !

Ce London prit d’autres appellations comme le marin, le gabier, l’anglais, lambfoot (pied de mouton), le catalogue Manufrance le référençait sous le nom de TerraNeuva. Pas de doute, ce couteau de marin a fière allure avec son ancre, à la fois symbole maritime et porte bonheur. Un couteau chargé d’histoire et d’aventures…

Le London et le collectionneur

Malheureusement pour les collectionneurs, ce couteau ne se trouve pas facilement dans les brocantes, les raisons en sont évidentes, ayant vécu en mer ou sur les côtes, un couteau mouillé à l’eau de mer devient en quelques mois un bloc de rouille ! les corrosions importantes, les pertes en pleine mer, auront eu raison de lui. Les bas-fonds sous-marins doivent en être flapis perdu à jamais… Sa rareté en fait sûrement sa valeur, alors si vous avez la chance un jour sur un vieux London, n’hésitez-pas !

Si l’histoire des couteaux régionaux vous intéresse…

Références pour cet article

Couteau de Collection – Dominique Pascal – Ed. E/P/A.
1001 couteaux – Antoine Pascal – Ed. Ouest-France.
Couteaux de Nos Terroirs – Gérard Pacella – Ed. De Borée
La coutellerie depuis l’origine à nos jours – Camille Pagé – Numérisation BNF Gallica

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